Amazon rémunère ses auteurs à la page : progrès ou régression ?

Amazon envisage de rémunérer les auteurs en fonction du nombre de pages lues. Les inconditionnels de la chose écrite sur papier crient déjà au scandale : ce système de rémunération peut favoriser un certain type de texte, où l’important est de prendre le lecteur au piège d’une histoire bien ficelée, même si elle est bâclée au niveau du style ou de la profondeur des personnages. Ce serait l’avènement du cliffhanger, ces astuces de scénario qui poussent le lecteur à passer au chapitre suivant. D’un autre côté, on constate que c’est déjà la règle aujourd’hui, surtout en polar : le succès d’un Guillaume Musso vient de ce qu’il bâtit des récits astucieux à défaut d’être originaux. Mais les amateurs de littérature plus intelligente préféreront de toute façon Faulkner, Bernhard ou Céline. Il ne faut pas toujours prendre le lecteur pour un idiot… ni les éditeurs pour des défenseurs acharnés du beau style. On n’a pas attendu Amazon pour publier « Da Vinci code »… et certains auteurs à succès, qui ne doivent leur bonne fortune qu’à des critiques complaisantes, perdraient sans doute pas mal de plumes dans ce genre de système. Certes, les gros éditeurs ont compris depuis longtemps que l’enjeu est que le livre soit vendu, à défaut d’être lu.

http://www.liberation.fr/culture/2015/06/22/amazon-va-remunerer-ses-auteurs-a-la-page-lue_1334593

Et surtout, qu’on y pense : les contraintes économiques ont parfois suscité des chefs-d’oeuvre. Ionesco a écrit des pièces de théâtre étonnantes avec peu d’acteurs et presque aucun décor : quand on n’a pas d’argent, on doit faire preuve d’imagination !